L’Allemagne, 1er pays européen producteur de charbon affronte une difficile transition énergétique

Le pays, qui vient de fermer sa dernière usine de charbon, peut-il compter sur une progression des énergies renouvelables suffisante pour assurer sa sortie du nucléaire ?

À quelques jours de Noël, alors que les enfants rêvent à un homme rouge et blanc qui traverse leur ciel, les 1500 mineurs de Bottrop, dans la Ruhr, font leur dernière descenderie, le dernier trajet dans l’ascenseur qui les emmène chaque jour à 1200 mètres sous terre.

Dans cette région où le cœur des gens est marqué par la mine et malgré les stigmates déjà laissés par le déclin de la sidérurgie, les fermetures de mines n’ont pas provoqué de crise sociale majeure. Elles ont été accompagnées de nombreuses mesures économiques et aussi, sans doute, par la conscience que cette industrie, marquée par une concurrence internationale qu’ont tentés d’étouffer 60 milliards de subventions sur les 20 dernières années, appartient à une époque révolue.

Outre-Rhin, les inquiétudes se concentrent sur l’Energiewende — la transition énergétique allemande.

Si la fin de l’exploitation de « l’or noir » avait été programmée par le gouvernement en 2007, près de 40 % de la production d’électricité repose encore sur ce minerai sous deux formes : la houille, désormais importée d’Australie et de Chine, et le lignite, dont l’Allemagne reste le 1er producteur mondial. Une industrie plus polluante que le charbon classique, mais bon marché. Car il faut bien combler le manque provoqué par l’autre engagement : la sortie progressive du nucléaire d’ici à 2022.

En 2011, quelques jours après la catastrophe qui frappa la centrale nucléaire de Fukushima et l’opinion publique allemande, Angela Merkel annonçait la sortie progressive de l’énergie nucléaire. La même année, la fermeture de huit des réacteurs du pays privait mécaniquement l’Allemagne de 8,3 GW de capacité de production, entrainant logiquement une augmentation de production d’électricité dans les centrales à charbon de 5,5 %, après plusieurs années de baisse.

Cette reprise explique en partie pourquoi les émissions allemandes de gaz à effet de serre ne baissent plus assez rapidement, et la récente décision de la cheffe du gouvernement allemand, qui bénéficiait jusque là d’une flatteuse réputation de « chancelière du climat », de renoncer à son engagement de baisser d’ici 2020 les émissions de 40 % par rapport à 1990 (en 2016, Berlin avait réduit ses émissions de 28 % par rapport à 1990 et envisage désormais une baisse de 32 % pour 2020).

Pourtant, l’Allemagne, traditionnel bon élève de l’Europe concernant les énergies renouvelables n’a pas ménagé ses efforts : entre 2011 et début 2017, malgré une exploitation toujours fragilisée par des problèmes de transport et de stockage, le pays est passé de 20 % à 35 % de son électricité issue des barrages, éoliennes et panneaux solaires. Une progression désormais plus rapide que le déclin du nucléaire et qui continue le grignoter le besoin précédemment comblé par le charbon.

Bâtir l’Europe de l’énergie

La demande citoyenne d’aller vers toujours plus d’énergies renouvelables et les impératifs de ces productions qui réclament d’être proches de leurs lieux de consommation sont de nouvelles occasions de défis pour les territoires.

L’Allemagne, pays friand des solutions coopératives a là l’opportunité de retrouver son rôle de locomotive environnementale de l’Europe, en démontrant que les projets énergétiques ne peuvent aujourd’hui plus être dissociés des collectivités et des acteurs locaux.

Les autorités rhénanes ont d’ailleurs pour objectif de faire de leur bassin minier un nouveau pôle de compétitivité. 2,7 milliards d’euros seront engagés d’ici à 2022 pour réussir la transition énergétique de tout un territoire et l’inscrire dans une logique mondiale de gestion des ressources planétaires.