Les femmes d’Actionelles… Alexia Désir-Chassagne

Alexia Désir-Chassagne, Présidente de Juste pressé

 

Dans sa voix, on entend de la poigne. Du caractère.

Alexia Désir-Chassagne est thésarde, option chimie. Elle s’est d’abord orientée vers la recherche par attrait pour la démarche scientifique qui consiste à trouver des solutions à des problèmes.

Et parce qu’elle imaginait ce secteur peuplé d’altruistes qui se battent pour faire avancer l’humanité…

Mais voilà, les scientifiques sont des hommes (et parfois des femmes) ordinaires, qui peuvent bloquer de leur égo les recherches sur un médicament qui promet de sauver des vies.

 

Déçue donc par les scientifiques et leurs promesses, elle bifurque vers l’ESSEC et se prend de passion pour le marketing. La même quête de solutions, appliquée aux consommateurs.

Elle entre dans un grand groupe américain, gravit les échelons jusqu’au poste de directrice du marketing européen. Elle a alors 27 pays à sa charge… et deux enfants en bas âge.

De ces années, elle conserve le souvenir des halls d’aéroports : « J’ai passé 2 ans et demi dans les avions, avec une partie de mon équipe à Paris et l’autre à Hambourg ». L’expérience la plus difficile, mais aussi la plus formatrice de sa carrière. C’est là qu’elle apprend son métier dans le moindre détail.

Reste que le rythme est éreintant et qu’au bout de deux ans, elle est au bout ses forces.

Elle est embauchée alors comme directrice marketing France chez Eau écarlate. L’entreprise fonctionne sur le modèle économique du Lever By Out (LBO) : les salariés ont beaucoup d’autonomie, un groupe de managers est actionnaire et le but affiché est de revendre au bout de 5 ou 6 ans : « Ça a été génial. C’est un modèle très dynamique, dans lequel on peut tester un tas de choses ».

Et puis ce qui devait arriver arriva, l’entreprise est rachetée.

C’est alors que deux anciens collègues toquent à sa porte. Ils créent une entreprise qu’elle a tout de suite envie de défendre : la commercialisation de jus de fruits à froid.

Les jus de fruits classiques que l’on trouve dans les commerces sont pasteurisés, c’est-à-dire qu’ils sont cuits dans de grandes cuves pour être débarrassés de leurs bactéries, ce qui leur fait perdre beaucoup de vitamines et d’antioxydants. A contrario, lors la pression à froid le jus de fruits est d’abord mis en bouteilles, celles-ci sont placées dans un caisson rempli d’eau et on leur applique une pression de 600 bars. Cette très forte pression détruit toutes les bactéries, mais conserve vitamines, antioxydants et nutriments, et permet au jus d’être conservé au frais pendant 4 mois.

On a retrouvé là un peu de chimie.

Elle fait tout leur marketing et devient actionnaire… Mais patatras, les deux fondateurs engloutissent son argent et mettent la boîte en liquidation judiciaire.

Laissant 12 employés en CDD sur le carreau.

 

Elle, est accroc au produit. Elle le sait prometteur. Alors avec deux associés, en août 2017 elle rachète la boîte au tribunal de commerce.

Ils s’attachent à ne faire partir personne avant le terme de leurs contrats. Ils transforment même 3 CDD en CDI, embauchent un commercial et font en sorte que l’aventure s’accélère.

En reprenant la boîte, elle l’a nourrie de son éthique : « on ne recrute ni à la tête ni au profil, mais aux valeurs et à la passion. Chaque salarié est l’esprit de la boîte ».

Et comme ses salariés, elle est fière de ses produits. Et de là où elle en est aujourd’hui : « J’ai trouvé ma place ».

En 2018, Juste Pressé a réalisé 1 million de chiffre d’affaires, le double est prévu pour l’année en cours. Sans aucune promotion, juste du bouche-à-oreille.

Chez Action’elles, elle dit avoir trouvé de la bienveillance et de l’entraide : « Je n’ai jamais eu de problèmes avec le fait d’être une femme dans mon travail. Parce que je suis une forte tête. Mais je rêve que grâce à ce type d’associations les femmes croient plus en elles et se rendent compte de tout ce qu’elles sont capables de gérer et d’apporter dans les entreprises… Si l’entrepreneuriat féminin explosait dans le monde, celui-ci se porterait bien mieux ! »